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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 12:40

     Jusqu'au milieu des années 1970 peu de gens imaginaient qu'il fut possible de courir plus long que le marathon, lequel comptait peu d'adeptes.

      En 1977, pour la 27° édition de "Lyon-St Etienne" (on l'appelait ainsi même quand, une année sur deux, l'épreuve changeait de sens) les organisateurs du CT Lyon décidèrent que celle-ci se déroulerait en "style libre" et non obligatoirement à la marche.

 

     850 participant(e)s se pressent un samedi soir de décembre dans les locaux du journal "Le Progrès" dans le centre de Lyon. Six fois vainqueur je sais que je suis l'homme à battre et même à abattre dans une compétition qui commence à faire du bruit au-delà de Rhône-Alpes. Faute de moyens d'information (magazines, internet) les participant(e)s se connaissaient mal. On ne savait pas qui se présenterait au départ. Pour avoir une chance de monter sur le podium il fallait s'entraîner avec pour objectif de battre à chaque fois le record de l'épreuve

.

     Rien d'étonnant que je sois abordé par des inconnus : "La compétition passe à la course à pied. Ici il y a de bons marathoniens. Vous les marcheurs vous n'y connaissez rien. Delore ton règne est terminé....."  Dans un coin nos champions, debout (alors que les autres se reposent assis), rient en nous montrant du doigt.

    Minuit place Bellecour, les 1000 premiers mètres sont courus à l'allure d'un cross de 10 km. Au bas de la colline de Fourvière nous ne sommes plus que 15.  Le chemin de croix commence : sur les 30 premiers kilomètres on en compte 20 de montée, pas grimpeurs s'abstenir. Avec, pour commencer, le Gourguillon, une terrible ruelle pavée de 500 mètres de long à 20 % de pente, c'est le massacre : nos marathoniens explosent.

 

    A Soucieu, au premier ravitaillement (km 20), nous sommes six. Habitués au rythme de la marche, les bénévoles ne sont pas en place : pas de thé. Vera, ma défunte épouse, me tend un gobelet de thé chaud tiré d'un de ses deux thermos. Mes compagnons sont furieux : " Seul Delore a du thé, c'est un coup des organisateurs dont il fait partie pour le faire gagner ! " Vera offre du thé à tout le monde.

 

    10 km plus haut à St Genoux, je lâche José Roman, mon dernier accompagnateur. Arrive le célèbre bois d'Arfeuille que nous abordons pour la première fois dans le sens de la montée.Il y a tant de boue qu'il faut quitter le sentier, et grimper à droite parmi les arbres en se tenant aux branches. Plus loin je dois courir 500 mètres avec de l'eau au-dessus des chaussures. A Sainte-Catherine un contrôleur arrive en courant afin de tamponner ma feuille de route. Au col de la Gachet, après 13 km sur le GR 7, les secouristes de la Croix-Rouge m'apprennent, grâce à leur radio, que j'avais 15' d'avance à Sainte-Catherine. Je reste méfiant et me retourne sans cesse pour voir s'il n'y a pas de lampes dans le lointain.

 

SI  VOUS  EN  SORTEZ   VIVANT....

 

      Sur la longue descente, parfois verglacée, vers Saint-Etienne je pense à ces médecins américains qui écrivent que le jogging va engendrer des générations d'éclopés aux genoux et aux chevilles estropiés. Je pense à ces marathoniens un tantinet fanfarons qui ignorent l'entraînement physique suivi depuis 20 ans : des séances de renforcement musculaires en salle de 90' qui m'ont forgé des abdos en béton, des épreuves cyclosportives jusqu'à 500 km (j'en ai gagné certaines), mes débuts encourageants dans l'athlétisme sur piste.

 

      Sans compter la marche athlétique de grand fond : en 1977, par exemple, je suis en train de terminer (sans apport "pharmaceutique") une énorme saison avec  trois 50 km, deux 100 km et une épreuve internationale par étape (Tour du Territoire de Belfort où je termine 4°). Là dedans figurent deux championnats de France où je me classe plus qu'honorablement.. Ajoutons le dimanche précédent le meileur temps et le record (en style libre) du raid Roanne-Thiers (60 km),  des séances de 2 à 3 heures en courant sans arrêt sur route bosselée à plus de 14 km/h, et des sorties chronométrées en plein jour sur le GR7 (parcours de la course).  Les 100 km en marche athlétique (10 h 30'), en 40 ans de hors stade, c'est ce que j'ai fait de plus dur : si vous en sortez vivant vous pouvez ensuite vous aligner dans n'importe quel sport d'endurance.

 

      A Sorbiers le contrôle n'est pas en place : je perd quelques minutes. L'arrivée à St Etienne s'effectue en grimpant derrière la gare une bosse qui fait mal pour arriver devant la Préfecture. Dans la descente par la rue de la République je suis surpris : aucun mal de jambes, je cours presque aussi vite qu'au départ. J'ai couru durant 5 h 30' et battu de 2 heures le record à la marche. D'autres concurrents avoueront : "si on avait su on aurait couru plus vite, on ne savait pas que c'était possible". Georges Colomines (autre centbornard)  et Louis Castex (Police de Lyon) terminent deuxièmes à 43' devant Gilbert Mainix, premier stéphanois. 453 coureurs et coureuses passeront la ligne d'arrivée.

 

     Après l'arrivée nous aurions pu dire aux "marathoniens" : "Vous avez vu ce que çà donne quand les marcheurs de grand fond se mettent à courir, même dans la boue et les cailloux ?". C'était la dernière chose à faire. La remise des prix fut d'une extrême simplicité : pas de discours triomphants (le record de participation avait été battu), des coupes microscopiques, des breloques de quatre sous, pas de diplômes. En ce temps là on ne jugeait pas la valeur d'une compétition sur la qualité du tee-shirt ou du buffet d'après course : il n'y en avait pas, pas non plus de spécialistes pour nous conseiller, pas d'entraîneurs ni de magazines et de livres, pas de boissons ni d'aliments de l'effort (on avançait avec de l'eau et des morceaux de sucre), pas d'arnica ni de caféine, pas de puce électronique, pas de GPS ni de cardiofréquencemètre, pas de frontale ni de tissus "techniques".

 

     Des années plus tard des amis coureurs m'affirmèrent que, sans nous en rendre compte, nous avions tourné une page d'histoire de la Saintélyon et même de la course hors stade. : nous avions été les premiers en France, et peut-être même en Europe, à courir aussi longtemps de nuit sur un parcours tout terrain.

 

     C'était le 11 décembre 1977.

                                                                                    Michel Delore

 

 

 

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