Le nombre de trails ne cesse d'augmenter. Certes, la nature n'accueillera jamais de grandes foules, par exemple 40 000 participants comme le font les grands marathons,heureusement pour sa préservation !
Et si le trail a le vent en poupe, ce n'est pas uniquement grâce à l'attirance de la nature.
1ère raison. Les stations touristiques, surtout en montagne, ont trouvé en lui une bonne formule pour attirer une nouvelle clientèle sportive, remplissant hôtels et restaurants lors des périodes creuses, comme elles le font déjà avec les courses cyclosportives.
2ème raison. Les fabricants d'articles de sport ont trouvé dans le trail un nouveau filon, les magasins spécialisés aussi. Quand un marathonien se contente d'une paire de chaussures à 100 euros tous les 6 mois, le traileur ne ressort pas du magasin sans avoir dépensé plusieurs fois cette somme, compte tenu de tous les équipements indispensables pour le trail, surtout en compétition où certains articles sont obligatoires si on veut être admis au départ.
Certains coureurs commencent à s'en plaindre : "si je n'entre que pour les chaussures, le vendeur me fait la gueule", me disait hier encore un bon coureur sur route.
3ème raison. Les grands équipementiers possèdent presque tous des "teams" de compétition trail. Ils rétribuent leurs traileurs, et insistent maintenant auprès des organisateurs de grands trails pour que ceux-ci remettent des primes en argent aux premiers classés. Ainsi les membres des teams auraient la possibilité (en additionnant tout) de gagner leur vie en ne faisant que du trail, ou au moins de devenir des semi-professionnels. Pour le récent trail des Templiers, les organisateurs annonçaient 2000 euros au vainqueur : une première dans ce sport considéré jusqu'ici comme le temple de l'amateurisme et du sport sans grands enjeux sportifs ni médiatiques.
Avec l'arrivée de l'argent dans le trail, bien des choses vont changer : l'état d'esprit, l'ambiance, des risques aussi (un accroissement du dopage).
4ème raison. L'effet mode : on commence à voir disparaître de sympathiques petites courses de 10 à 15 km, pourtant pas organisées entre deux barres de béton, au profit de trails de 25 à 35 km au moins. Ici et là, la clientèle des joggeurs, des joggeuses, des jeunes, des vétérans, des débutants, n'a plus qu'à rester chez elle le dimanche matin ! Car la plupart de ces trails ne s'adressent plus à la même clientèle sportive, les nouveaux traileurs venant souvent d'autres sports (VTT, triathlon, ski, aviron, randonneurs, etc.). Autre cas, cette course de 10 km en Languedoc-Roussilon qui se déroulait en partie sur des chemins vicinaux goudronnés ; cèdant à la mode, les organisateurs l'ont transformé en mini-trail avec des sentiers ultra-caillouteux. Résultat : en 2 ans le nombre des participants est tombé de 400 à 250. Les chaussuriers et les magasins de sport voient-ils le danger qui les menace en retour ? Et la FFA, qui a en charge la course à pied hors stade, ne devrait-elle pas surveiller de près cette évolution, avec en plus l'augmentation vertigineuse des difficultés dans les trails (kilométrage, dénivelé, notamment) qui, dans certains cas, deviennent déraisonnables, et ne vont pas dans le sens du sport-santé, objectif premier (à l'origine) de la CAP ?
MICHEL DELORE
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