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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 21:06

J'ai terminé 23 Saintélyon, pris 25 départs (un abandon au 30ème kilomètres la course étant annulée par la neige, plus un relais à 3).

Il m'est arrivé d'être premier. Mais il ne faut pas croire que ce fut un long fleuve tranquille. Les encouragements ne furent pas nombreux. J'ai eu plutôt affaire à la médisance, aux critiques, à la jalousie et aux chausse-trapes.

Jusqu'en 1976 inclus l'épreuve se déroule à la marche : courir est interdit sous peine de disqualification, ce qui n'est pas trop gênant car, en ce temps là, personne n'imagine qu'il soit possible d'effectuer un raid aussi long en courant. Cela n'empêche pas certains de prétendre que les premiers courent (il y a pourtant des contrôles). Un club de Villefranche-sur-Saône écrit dans son bulletin que je n'ai jamais rien gagné de ma vie sans tricher. Une autre fois un journaliste arrivé 21ème réclame la disqualification de tous ceux arrivés devant lui, ce qui lui aurait assuré la victoire : il suffisait d'y penser ! Un club d'athlé entraîne secrètement un marcheur afin de me battre : peine perdue.Il fallut que j'aille participer à des compétitions "officielles" de marche athlétique, y compris au niveau national, afin de prouver que je suis un vrai marcheur de compétition de bon niveau. A la fin du championnat de France du 100 km, Roger Garnier, le directeur technique national, m'affirme que je suis la révélation de l'épreuve.

Arrive 1977 : le "style libre" (marche ou course) est (enfin) admis. Je ne suis pourtant pas au bout de mes peines. Mon frère ainé, médecin, tente de me décourager : "à ton âge tu te fais des illusions, comme les types qui croient qu'ils sont encore capables d'honorer une femme 4 fois de suite" (sic) ! Certains dans l'organisation souhaitent que je ne gagne plus : lassant de voir toujours le même terminer premier. Le seul encouragement vient de mon épouse qui ne se montre pas inquiète : "quand tu allongeras tes grandes jambes...".

Le grand soir arrive. Cette année là on part de Lyon.Vers 22 h, dans la salle d'attente, trois coureurs viennent me voir, l'air moqueur : "ton règne est terminé, on passe à la course, tu n'es pas un coureur, place à nous qui sommes des marathoniens". Le reste de la soirée je les vois me pointer du doigt, l'air arrogant, en rigolant du bon coup qu'ils préparent.

Alors j'avise un pote, un vrai : "place toi devant sur la ligne de départ place Bellecour, joue le lièvre en fonçant comme un malade jusqu'au Vieux-Lyon, au bas de la colline de Fourvière, après tu te relèves". Après un kilomètre à l'allure d'un mille mètres piste, je me retourne : le trou est fait. Il faut alors escalader le Gourguillon, une rue piétonne de 500 mètres avec une pente à 20 %. C'est le début du massacre : 20 km de montée jusqu'à Sainte-Catherine.

N'ayant jamais effectué plus de 30 km en courant, je crois qu'arrivé là haut j'aurai trop mal aux jambes et que je devrai marcher. Mais la marche athlé m'a mieux préparé que je ne le crois. La saison a été exceptionnelle : deux 100 km en 10 h 35' (dont le titre de champion du Lyonnais), 4 épreuves de 50 km, une 4ème place au Tour du Territoire de Belfort (compétition internationale par étape), le "record" du raid Roanne-Thiers (raid de 60 km sans classement en alternant marche et course), entre autres participations.

Le fameux bois d'Arfeuille est grimpé pour la première fois : il y a tant de boue que le sentier est impraticable, je dois le contourner et m'agripper à des branches pour arriver en haut .Les 13km du GR7 empruntés également pour la première fois sont boueux à souhait. La longue descente sur Saint-Etienne, en plein brouillard, est très verglacée.

Le final dans Saint-Etienne m'étonne : je cours presque aussi vite qu'après le départ et je n'ai presque pas mal aux jambes. Résultat : 43 minutes d'avance sur le second. S'il y avait eu 5 minutes d'écart je serais aller taper sur l'épaule d'un de nos "marathoniens" avec un regard malicieux. Le journal "Le Progrès" du lendemain souligne qu'après l'arrivée je suis resté discret. J'étais assis, seul, dans un coin : tout commentaire était inutile.

La leçon est valable pour vous aussi. Vous rencontrez ou rencontrerez des sceptiques, des grincheux, d'habituels mauvais perdants, des ratés, des jaloux qui ne croient pas en vos possibilités et vous le font sentir. Ne vous occupez pas d'eux. Faîtes votre course, pour gagner, pour un bon classement ou pour terminer.

La seule vérité est celle du chrono. Tout le reste n'est que baratin.

Michel Delore

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